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Mendiant Photo: Makaveli

Monologue d’un petit mendiant

Bonjour ! je suis Mohamed j’ai huit ans, et je vis dans la rue. Je suis un mendiant, enfin pour le moment. Demain je serai criminel notable, peut-être un grand voleur ou un narcotrafiquant. Je suis prédestiné pour le système carcéral ou les groupes djihadistes. Je peux aussi devenir médecin, avocat, policier, mais cela ne dépend que de vous.

Mes parents ne sont plus de ce monde, j’espère les retrouver au paradis. Ils voulaient que je devienne un érudit en islam, alors à six ans je fus envoyé chez un marabout, pour apprendre le Coran.

Dans les rues, je mendie pour survivre et subvenir aux besoins de mon maître. Lui, il passe ses journées à égrener son chapelet ou à psalmodier les noms d’Allah. Un Dieu qui demeure silencieux face à mon sort.

Chez mon karamoko (Maître Coranique), j’apprends par cœur des sourates en arabe sans vraiment comprendre le sens, et je récite comme un perroquet. J’apprends aussi la sunna, la vie du Prophète Mahomet (psl). Mahomet lui, il n’a jamais mendié, mais mon karamoko affirme que ça fait partie intégrante de ma formation.

Mendicité
Mendicité Photo: Makaveli

Comme un adulte j’affronte avec témérité les intempéries et les péripéties. Je traverse des difficultés que vous aurez du mal à imaginer. J’ai connu la faim, la soif, la maladie, la violence, mais c’est votre indifférence qui m’est le plus insupportable.

Vous me dépassez chaque matin quand vous partez déposer vos enfants à l’école, j’aurais pu être leur camarade de classe, mais je n’ai pas cette chance moi.

Les nuits aux abords des routes, devant les feux tricolores, vous m’ignorez exultant de joie en revenant de vos lieux de distraction. Moi aussi j’aimerais connaitre la joie, m’amuser, sortir de cette vie morne.

Vous ne voyez que quand votre marabout vous enjoint de faire des aumônes. À vos yeux je ne vaux pas plus que les jetons de 25 f CFA. Vous ne pensez à moi que quand vous ne savez plus quoi faire du reste des repas d’hier.

Mendiants
Mendiants Photo: Makaveli

Je peux disparaitre sans que personne ne s’en rendre compte, je peux mourir de faim, je ne ferais jamais le buzz. Les médias ne parlent de ma misérable vie que pour récolter des fonds dont je ne verrais jamais la couleur.

Est-ce cette vie que je mérite ? Est-ce mon destin ?  Ou est-ce l’inaction des politiques, l’indifférence de la société ? Ai-je le choix de faire autrement ?

Vous me regardez avec dédain, condescendance, pourtant je n’ai pas choisi cette vie. La rue m’offre sur des choix tous aussi périlleux, qu’ignobles: Je peux m’engager dans le djihadisme, être enfant soldat, dealer, ou même celui qui braquera la maison de votre voisin.

Hier soir alors que je dormais dans un abrisbus, j’ai rêvé, j’avais une famille, je mangeais à satiété, j’allais à l’école, j’avais même des habits décents et des amis. Après les études je travaillais dans l’humanitaire pour venir en aide aux enfants défavorisés partout dans le monde.

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