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Chez moi on ne lit pas

Nous avons besoin de lecture pour décadenasser les esprits, pour déchainer l’intelligence collective et mobiliser les forces actives du peuple.

Chez moi on ne lisait pas. Nous sommes le peuple de l’oralité. La parole est le savoir, les vieillards, les griots en sont les dépositaires. De bouche à oreille, on véhiculait les connaissances.

Chez moi on n’a pas écrit. À la mort de chaque vieillard, c’est une bibliothèque qui se carbonisait. Nous avons perdu nos savoirs, car nous n’avons pas confié leur pérennité à la mémoire des livres.

Chez moi on ne lit pas. Quoique tous les savoirs de l’humanité soient consignés dans les livres. Chez nous, les livres sont aussi éludés que nos totems. Comme si feuilleter un bouquin apportait une malédiction. Nous sommes dans l’inconscience des mirobolantes richesses enfouies dans les livres.

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Chez moi on ne lit pas, car on n’écrit toujours pas de livres. Écrire c’est prêcher dans le désert, parce que mes frères et sœurs abhorrent les plaisirs livresques. On n’écrit pas car les livres ne sont pas rentables. Aussi, parce que l’anonymat et le piratage ont assassiné nos auteurs.

Chez moi on ne lit pas parce qu’on ne rêve plus. La précarité et les dogmes ont écourté notre vision de la vie. Un petit boulot, un mariage, une maison et une voiture sont la finalité de notre existence. Lire nous semble superflu.

Chez moi on ne lit parce que nous ne voyons personne le faire. Nos bibliothèques ont toujours été désertiques. Nous sommes une génération de philistins, infectée par la bibliophobie, condamnée à être en marge de l’Histoire universelle.

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Chez moi on ne lit pas car nous sommes très pauvres. Mais ce n’est pas parce qu’on est pauvre que nous ne lisons pas, nous sommes pauvres parce qu’on ne lit pas.

Chez moi on ne lit pas, parce que nous sommes perdus. Telles des brebis égarées, nous ne savons plus où aller. Nous souffrons de l’ignorance, la mère de tous les maux. Et notre salut se trouve entre les lignes.

Chez moi, nous sommes riches de nos ressources naturelles mais nos populations sont dans l’indigence. Parce que les vraies richesses sont les cerveaux qui transforment nos ressources matérielles pour le bien général.

Chez moi, nous sommes dépendants des oboles de l’aide étrangère. Nous sommes condamnés à être remorqués et spoliés par les autres, car ils lisent plus que nous.

Aucun pays ne s’élève sans les livres. Individuellement comme collectivement, on ne grandit vraiment que par le nombre de livres que nous lisons.

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Chez moi nous sommes pauvres car les riches ont des bibliothèques que nous ne fréquentons pas. Parce que le pouvoir est le savoir, et les savoirs sont dans des livres.

Chez moi c’est la nuit de l’ignorance, où souffle les vents de la précarité. Le cerveau atrophié par la paresse intellectuelle. Le ventre ballonné par la sous-culture, à force de s’ingurgiter les couleuvres qui passent sur les écrans.

Chez moi on a besoin de livre parce que nous ne souffrons ni de la corruption, ni de la guerre, ni de la mauvaise gouvernance, ni de la famine, mais de la précarité intellectuelle et de l’acculturation.

Nous avons besoin de lecture pour décadenasser les esprits, pour déchaîner l’intelligence collective et mobiliser les forces actives du peuple.

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