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Mariage, Couple CC: Pixabay Images

Obligée de se marier pour se sentir femme respectable 

Etre célibataire n’est pas négatif, c’est en aucun cas synonyme de laideur, de vice, ou de moindre valeur… Il n’y a pas d’un côté les femmes et de l’autre côté les « sous-femmes » ! Une femme mariée n’est ni plus respectable ni plus valeureuse qu’une célibataire. Elle est mariée, c’est tout. La valeur d’un être humain, qu’il soit homme ou femme, se détermine par son engagement dans la vie, par ses choix, par ses actions, non par sa situation matrimoniale ou sa position sociale. Le mariage n’est pas un but en soi, ça n’aurait pas de sens. Le mariage résulte de l’amour et relève d’un choix, d’une liberté, c’est là qu’il prend toute sa valeur !

Quand le rêve de mariage devient un cauchemar

Se marier et procréer… comme si ce n’était que ça l’accomplissement ultime de la vie d’une femme. Quelle conception limitante du rôle de la femme ! Quand le mariage devient une injonction, il est une entrave à son épanouissement, un véritable poids, un boulet sur son dos, un rôle social extrêmement lourd à porter. Bien que les femmes jouissent aujourd’hui d’une certaine liberté quant au choix de leur mari, les femmes semblent apparaitre valeureuses et respectables aux yeux de la société uniquement quand elles sont mariées.

J’ai déjà rencontré des femmes courageuses, qui, en dépit des contraintes injustes imposées par la société (à cause de leur statut de femme), arrivent pourtant à étudier et à trouver un emploi. Elles montent leur propre business et deviennent indépendantes financièrement ; elles sont donc libres de mener leur vie comme elles le souhaitent. Mais le problème, c’est que leur sentiment de réussite et de satisfaction (qui est le résultat de beaucoup d’effort) est mélangé à un sentiment de frustration, parce-qu’une grande partie de la société ne voit pas cela d’un bon œil et ne reconnait pas cette réussite.

Le regard des autres et les préjugés sont tellement lourds et pesants que leur image de célibataire reste pour elles un cauchemar. Cette image négative qui leur colle à la peau rend leur vie insipide et morose.

C’est là la grande différence entre les hommes et les femmes. La notion de réussite est appréciée différemment quand il s’agit d’une femme ou d’un homme, or, dans nos sociétés, celle de la gent féminine doit forcément être couronnée par le mariage.

Que dire de ces hommes qui redoutent les femmes instruites et  indépendantes ? Oui, dans l’imago populaire une femme instruite et indépendante est dure à « gérer ». Comme si les hommes devaient « gérer » les femmes. Je pense plutôt que la plupart de ces hommes ont une prédilection pour les femmes passives, soumises et obéissantes, parce-que c’est facile de se dire que les femmes ne doivent pas avoir de point de vue à faire valoir. Avec ces hommes, il n’est pas question que les femmes expriment leur point de vue, on ne leur demande pas leur avis. Mais de quoi les hommes ont-ils peur ? Comme le dit Simone de Beauvoir « les hommes ont peur des femmes qui n’ont pas peur d’eux ».

Devons-nous condamner une femme parce qu’elle choisit de vivre une vie libre de femme consentante ? Une vie un peu hors du commun, qui bouscule les traditions. Une vie qui recherche une certaine maturité, une ouverture d’esprit. Un échange riche avec l’autre, accompagné de respect, respect mutuel avec un homme supposé être son partenaire pour la vie. Un autre qui serait son alter égo, son égal. Et pourquoi pas une vie avec des standards élevés, si elle travaille et en a les moyens, après tout elle « gagne sa vie » !

Tout ça paraît étonnant mais cela ne devrait pas l’être ! C’est le minimum pour construire une relation mûre, épanouissante, sérieuse et durable. C’est normal d’avoir des exigences quand il s’agit de sa propre vie.

Le mariage n’est pas une prison

Une amie célibataire, pour qui j’ai beaucoup d’estime, me confessait que pour les besoins de son travail (dans lequel elle s’épanouie), elle voulait prendre un appartement loin de la maison familiale pour pouvoir mieux gérer son temps et s’y adonner. Elle n’a jamais eu l’aval de ses parents pour la simple raison qu’une femme célibataire, même si elle est adulte et mature, ne doit pas vivre seule dans son appartement. Encore le poids de la société et de l’image qu’on colle aux femmes. En fait, les femmes n’ont pas le contrôle de leur désir. La « société » (et donc en général les hommes) préfèrent contrôler leur désir et décider leur vie pour elles.

Dans cette réalité, le mariage s’avère souvent être un cauchemar. Il y a un
gouffre entre ce que certaines femmes imaginaient et la réalité qu’elles vivent concrètement dans le mariage. Le mariage comme un engagement qui avorte les rêves de certaines jeunes filles. Car dans leur nouvelle vie, dans leur vie de femme mariée, leur rôle se limite aux tâches ménagères, et leurs perspectives d’avenir s’arrêtent à la cour de la maison.

C’est le même désenchantement pour celles qui écourtent leurs études ou abandonnent leur travail lorsque qu’il est considéré comme incompatible avec une vie de femme mariée, une vie de maman… c’est le cas lorsque le mari n’est pas d’accord parce-que peu impliqué dans l’épanouissement personnel de son épouse et lorsqu’il se montre peu compréhensif.

Ces femmes qui vivent le mariage comme une géhenne sont comme prises dans un piège. Un piège qu’elles ont pu accepter au départ, par naïveté et par méconnaissance de la réalité de la vie quotidienne de certains couples. Le mariage devient alors une voie sans issue, une impasse, car le divorce est souvent inenvisageable, il n’y a alors pas de possibilité de se soustraire à la triste réalité qu’elles vivent. Divorcer, ce serait se faire qualifier de femme frivole. Alors, au lieu de vivre le mariage comme un partenariat heureux, où l’ on s’est promis de s’entraider et de s’aimer à vie, au lieu de cela, les femmes se sentent piégées et trahies à vie.

Si les divorces sont de plus en plus fréquents, n’est-ce pas à cause de cette pression sociale qui précipite les jeunes femmes et hommes au mariage, sans que cela soit mûrement réfléchit ? Sans pour autant être mûrs pour un tel projet ?

On se prépare au projet d’une vie ! Non seulement mentalement mais aussi financièrement, il faut être prêt. Car la construction d’une vie à deux représente un changement important, tant au niveau psychologique qu’au niveau pratique et financier, c’est ça la réalité !

Le problème avec la pression que représente la société, c’est que même lorsque l’on souhaite la combattre, on l’intériorise malgré nous. Il faut beaucoup de confiance en soi et beaucoup de force pour lutter centre cette pression. C’est parfois difficile, mais il faut accepter de perdre certaines choses pour en gagner d’autres.

Homme ou femme, nous devons tous avoir la latitude de choisir librement notre vie, de façon consciente et réfléchie. Nous devons tous avoir la latitude de faire un choix éclairé, et, quand nous le souhaitons, si nous le souhaitons, choisir notre alter ego, la personne avec qui nous marier, parce-que c’est elle, parce-que c’est lui, et parce-que c’est le bon moment.

Savoir prendre soin de soi et savoir prendre soin des autres.

Sans aucune contrainte, sans aucune pression.

 

8 commentaires

  1. Garens Jean-Louis

    Effectivement, c’est parfois le rêve de beaucoup de jeunes femmes, pouvoir exhiber son anneau nuptial. Symbole de respect. La pression sociale diffère du milieu social ou cercle de fréquentation. Néanmoins, chez moi en Haïti, la pression du mariage est moins lourde sur le dos d’une jeune femme. L’union libre fait partie des déviances tolérées. Si passer tes 30 ans, tu ne trouves pas un mec pour te caser. Qui pis est, tu n’as même pas un môme. Désolé. On risque de te pointer du doigt. Tu risques même qu’on mette en doute ton orientation sexuelle.
    Bon billet, frangin !

  2. Lalaicha MAIGA dit

    Que dire de ces hommes qui redoutent les femmes indépendantes, instruites. Oui dans l’imago populaire une femme instruite et indépendante est dure à gérer. Je pense plutôt que la plupart de ces hommes ont une prédilection pour les femmes qui sont passives, soumises et obéissantes. Comme si elles ne devaient pas avoir de point de vue à faire valoir. Comme le dit Simone de Beauvoir « les hommes ont peur des femmes qui n’ont pas peur d’eux. »
    Bel article

  3. Romaine KABORE dit

    Merci frère pour le partage. Tu n’a fait que dire vrai. Dire que tu n’a même pas le droit de te prendre une maison proche du service ou vivre seul tout simplement parce que nous sommes célibataire. Merci encore

  4. Araba dit

    Celui-ci n’est pas négligeable, les femmes mariées ont toujours le plein pouvoir d’être vues d’un oeil plus responsable et considérable.
    Pour certaines tâches dans nos sociétés malienne: mariage, décision, discussion etc.
    Il est important de rappeler que le mariage n’est pas une prison sinon risque de changer la donne. D’où beaucoup de femmes malheureusement pensent à cela s’oblige de resté.
    Alors je le dis c’est notre comportement qui doit nous accompagner à mener notre vie et no étant marié.

  5. Fabrice NOUANGA
    Fabrice NOUANGA dit

    Très bel article. Je suis particulièrement flatté par le ton que tu adoptes. Effectivement, beaucoup de femmes vivent comme si le mariage était une finalité. De peur d’être mal jugées dans la société, elles ont fait du mariage une obsession. Et en voulant absolument avoir l’anneau au doigt, elles se retrouvent dans des histoires malheureuses et tragiques qu’elles n’ont même pas parfois le courage de raconter elles mêmes. Triste réalité d’une existence.

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