Makaveli

Réussir une campagne électorale en cinq points

« Trois choses amènent les hommes à nous témoigner leur préférence et à apporter leur soutien dans les élections : les services qu’on leur a rendus, les espérances qu’ils conçoivent et le fait qu’ils se sentent proches de nous et nous apprécient. »*

Une campagne se prépare des années en avance

Avant les élections prenez le temps d’implanter votre parti politique, travaillez à construire une base solide au sein de la population. Nouez des relations avec des personnes ressources et influentes dont l’apport est indispensable à votre parti.

La course aux élections est un marathon, préparez-vous mentalement et financièrement.  Employez-vous à apprendre davantage sur votre pays, vos adversaires, cela vous donnera un avantage pour convaincre le peuple et vous démarquer de vos concurrents.

Emmanuel Macron President France Pinterest CC

L’homme du peuple

Engagez-vous le plus possible pour répondre aux besoins de votre communauté. Votre engagement ne doit pas être que matériel ou financier, votre présence aussi compte. Par vos comportements les gens doivent voir en vous un modèle de moralité. Adopter des comportements qui reflètent les valeurs sociétales et votre philosophie.

Trouvez l’astuce pour mettre l’énergie et l’intelligence collective au service de votre idéologie pour le bien commun.  Soyez à l’écoute et parlez aux citoyens dans un langage qu’ils comprennent. Les gens doivent se reconnaître en vous. Vous devez incarner la solution que vous proposez.

Nelson Mandela
Nelson Mandela Pixabay CC

La communication est la clé

La politique est un jeu de séduction où les médias sont une arme indispensable. Faites des médias vos alliés, ils porteront haut et fort l’écho de vos actions. Ils vulgariseront votre idéologie et même, si nécessaire, étoufferont les mauvaises publicités.

Dans ce flot ininterrompu d’informations et d’actualité, votre plus grand défi sera d’occuper constamment l’espace médiatique. Vous pouvez briller par vos interventions médiatiques comme par vos absences, à vous de déceler les embellies pour vous exprimer.

Dans vos propos privilégiez la clarté et la simplicité, multipliez les canaux de communications traditionnelles comme modernes. Parlez de vous, et faites parler de vous.

N’oubliez pas : si l’élégance, la sympathie, l’éloquence vous font défaut, vous pouvez oublier la politique.

Obama
Obama ancien President USA Wikimedias

Une vision d’avenir

Démarquez-vous par la politique que vous proposez, elle doit être à la fois originale, innovante et ambitieuse. Chaque citoyen doit se l’approprier, indépendamment de son statut social. Vos propositions doivent tenir compte des besoins de votre pays.

Soyez plus qu’un humain, devenez un modèle, un qui illustre sa propre idéologie. Soyez une personne de solution, de vision. La beauté et la pertinence de votre projet séduiront les électeurs, vos actions antérieures les convaincront.

Paul Kagame President Rwanda Pinterest CC

Les actes parlent plus fort que les mots

La méthode la plus efficace pour séduire son électorat c’est de poser des actions. Un politicien est écouté mais jugé pour ses actes. Par vos actions, les gens auront un aperçu de vos capacités.

N’attendez pas d’être élu ou le moment des campagnes pour agir. Ce sont vos réalisations antérieures qui vous garantiront la confiance des électeurs.

 

*PROST (FRANÇOIS), Quintus Cicéron : le petit manuel de la campagne électorale (Commentariolum petitionis), 2009, TULLIANA.EU
 https://www.tulliana.eu/documenti/BindercommentariolumProst.pdf


Le Mali a plus de constructivistes que d’activistes

Il y a lieu de s’interroger sur les activistes qui pullulent sur les réseaux sociaux. Sont-ils présents pour stimuler un changement sociétal ? Ou pour assouvir des besoins pécuniaires égoïstes ? Ce qui est sûr, c’est que le Mali a plus besoin de constructivistes que d’activistes. Internet est une aubaine pour l’émergence du Mali, mais pour y parvenir, il faut une utilisation objective, dans un élan constructiviste.

Dénoncer pour dénoncer

En suivant les activistes web on se rend compte qu’ils se limitent uniquement à des propos délateurs. Ils véhiculent des discours descriptifs d’une situation connue de tous, sans une analyse profonde des événements. Enfermés dans les critiques infécondes, ils oublient de proposer des solutions viables ou même d’entreprendre des actions concrètes.

Activisme mercantile

Pour d’autres, le militantisme en ligne est un moyen de s’enrichir. Ils dénoncent et critiquent pour s’assurer les largesses des politiques dont ils véhiculent les propagandes. Pour eux la notoriété numérique n’est qu’un gagne pain. Ils se livrent au service des plus offrants.

Quand un activiste est à la solde des politiciens, il devient une marionnette d’un jeu politique où il ne sert qu’à alimenter des débats stériles et à véhiculer des idéologies dangereuses.

Le tableau n’est pas totalement noir

L’activisme n’est pas du négationnisme. Etre activiste ce n’est pas se contenter de publier les immondices de son pays, de poster uniquement les messages négatifs, les scandales politiques. C’est aussi produire et vulgariser du contenu utile et éducatif.

C’est aussi à travers des messages positifs que l’on peut inciter, exhorter au changement de comportement à l’évolution des mentalités. C’est apprécier promouvoir ce qui se passe de bien dans le pays, valoriser les ressources et les talents.

Impossible de s’unir

Le Mali a besoin d’une armada d’activistes qui se soutiennent dans les luttes, qui partagent les savoirs pour créer ou proposer des solutions viables.

Les efforts sont lézardés car beaucoup d’activistes évoluent individuellement, ce qui réduit la portée et l’impact des luttes entreprises. L’absence de solidiarité fait que les web activistes ne constituent pas une force pouvant influencer les politiques ni mener une vraie révolution sociétale.

Prêcher par l’exemple

Nos activistes doivent prêcher par l’exemple, adopter les bons comportements qu’ils espèrent chez les politiciens, comme le travail, l’honnêteté et la transparence. Protester sans proposer une alternative ne sert à rien. Se plaindre sans adopter les comportements que nous voulons ne reste que de vaines jérémiades. Rien ne sert de vouloir le changement si nous-mêmes nous ne sommes pas prêts pour faire l’effort de changer.

Être activiste c’est agir

Le meilleur moyen pour nos militants c’est d’initier des actions concrètes qui peuvent résoudre les problèmes du Mali, sans se limiter aux critiques. Etre activiste c’est aussi entreprendre avec ses propres moyens.

Faire de l’activisme en ligne pour la réputation et les opportunités, cela ne reste que l’opportunisme déguisé. Le Mali a besoin de plus que des activistes, il a besoin de constructivistes. Des gens capables d’apporter des solutions d’initier des actions concrètes de développement.

Les activistes dont le Mali a besoin sont ceux qui font des start-ups des labs, des applications innovantes qui répondent aux besoins du peuple… C’est cela le constructivisme.

Etre activiste c’est initier des projets web qui facilitent l’éducation, aident à la promotion de la culture, implémenter des initiatives qui appuient le secteur de la santé, l’agriculture, construire des start-ups qui créent de l’emploi génèrent de la richesse…

Nous avons déjà des initiatives à féliciter qui montre déjà la voie  : Doxtic , Kouloubametre, Ankafini, agansi, dionadiona etc.


La crise malienne, une opportunité de renaissance

Le coup d’état en 2012, comme un vent effroyable, mît à nue les faiblesses de l’Etat malien : l’indigence des citoyens, la facticité de la démocratie, la fragilité des liens sociétaux, et l’adynamie de l’armée.

Six ans après, les crises s’enveniment et s’enchevêtrent, terrorisme du Nord, violences communautaires au Centre, querelles politiques, précarité, grèves récurrentes et risque de violence lors de l’élection présidentielle. Le pays dans un imbroglio est assené par cette crise à la fois multidimensionnelle et protéiforme.

La vulgate dépeint un tableau sombre. Certains vaticinent la malemort pour le Mali. Mais n’oublions pas que c’est à travers les crises que les grandes nations se construisent. Derrière l’impasse de la crise et les linéaments d’un sombre future, se cache une aubaine de renaissance.

C’est l’appel du destin qui met au défi, qui éprouve le Mali pour qu’il reparte sur des bases nouvelles et saines. Cette phase inédite de l’histoire que le Mali aborde est une chance pour lui d’apprendre du passé en faisant le contrefactuel de 60 ans d’Independence, de comprendre que le système actuel ne nous sied pas, qu’il est vital de se réinventer, de faire tabula rasa du passé et ne garder que l’utile et le constructif.

C’est le moment pour nous d’aller vers une vraie entente nationale de regrouper les fils et filles du pays pour un nouveau Kurukan fuga, pour rêver ensemble l’avenir du pays, pour mobiliser les forces et les intelligences nécessaires à sa construction. Pour établir un nouveau pacte social qui tiendra place et lieu à la Constitution. Un pacte d’honneur et de sang.

C’est l’opportunité de penser un nouveau type de société basée sur les valeurs de l’humanisme, du travail et du courage. Redéfinir la citoyenneté au-delà des appartenances ethniques. Améliorer notre démocratie en y incorporant nos systèmes de gestion traditionnelle nos règles et valeurs sociétales. Ressuscité notre patrimoine culturel pour consolider la cohésion sociale.

Objectiver une telle réalité n’est possible que par une justice réparatrice. Nous devons nous pardonner tout en punissant les fautifs pour soixante année où la corruption, l’impunité, le favoritisme et le laxisme ont régné. Tourner le dos à cette classe politique qui s’est avéré être en dessous de l’honneur, de la mission patriotique.

Il nous faut le courage de dire non à l’aide internationale qui n’est que tunique de Nessus. Le courage de dire non aux partenariats qui nous desservent, nous essorent. Il nous faut le courage pour marcher seul, de défricher le chemin de notre destin car la solution ne vient jamais de l’extérieur.

Reconnaissons que nous avons fait banqueroute, responsabilisons-nous pour activer et mettre à profit nos potentiels, nos ressources humaines et matérielles.

C’est notre meilleure chance de démontrer notre patriotisme. Mettre notre citoyenneté au-delà de nos communautarismes. Mettre l’intérêt général sur le personnel.

Nous avons bu le calice de la honte et de l’humiliation jusqu’à la lie. Mettons l’honneur qui nous reste dans l’édification de ce pays. Le Mali peut toujours flamboyer, ça ne dépend que de nous. Le Mali en gestation peut accoucher d’une nouvelle société juste, humaniste, et prospère.

Plus que jamais l’histoire lui offre une aubaine de renaitre, par témérité il peut devenir un pays nouveau ou par pusillanimité rester dans la prostration.


Au Mali, la révolution passera par la culture

Le militantisme à l’ère du numérique se fait à coup de hashtags. L’impact réel de ces actions cybernétiques reste volatil et discutable, leur portée virtuelle ne dure que le temps d’un buzz. Le cyberactivisme peut conduire à des soulèvements, mais pour une transformation profonde de la société, la culture est la voie incontournable.

L’accès à Internet a ouvert un espace de liberté d’expression. Très vite, les réseaux sociaux, en plus de rapprocher les gens, sont devenus un outil de suivi, de contestation et de dénonciation de la vie politique. Les web activistes se sont multipliés, de nombreux médias en ligne qui informent les citoyens sur l’action gouvernementale sont nés. Ces informations rendent les citoyens plus alertes sur les questions politiques.

L’activisme web, s’il peut conduire à des soulèvements, est à lui seul inefficace pour une transformation profonde du Malien tant le mal est profond. L’incivisme, l’impunité, la corruption, la perte des valeurs, la précarité etc. se sont profondément enracinés dans les habitudes.

La révolution dont le Mali a besoin est humaine et n’est possible que par la culture. La culture permet une transformation profonde, durable et pacifique de l’homme. L’art et la culture touchent à l’essence même de l’homme à travers la beauté et la subtilité des messages qu’ils véhiculent, alors que l’activisme se borne à des discours contestateurs et descriptifs. La culture, par son riche contenu ludique et éducatif, peut participer à l’éclosion d’un Malien intègre, courageux et patriote.

Alors que la sexualité était un sujet tabou, en 1990 le groupe de théâtre Nyogolon, avec le spectacle kulu si diala a su faire comprendre subtilement aux Maliens les méfaits du SIDA tout en les sensibilisant aux moyens de prévention. Les films comme Bah ni Batrou, Baara ont décrié les tares et les dérives du Mali d’après l’indépendance et incité à la révolution.

Notre culture délaissée est riche d’outils nécessaires à l’éducation et la transformation sociale. En voici quelques-uns :

Le nyogolon : il passe par l’humour pour traiter des questions brûlantes de la société, le nyogolon permet de dire, dénoncer, valoriser les choses sans offenser et toucher à la sensibilité des personnes.

Le koteba : ou théâtre, met en scène des faits sociaux. Sensibilise et informe sur les marches à suivre dans la société. Dénonce et rejette les manquements des politiques ou des citoyens. Tout comme le Nyogonlon le koteba est une invitation à réflexion, l’introspection et à l’action.

Zirin : Mana pour les plus âgées, sont des histoires réelles ou imaginaires qui contiennent des leçons de morale. Les récits amènent la réflexion, sur soi, sur le monde, le bien, le mal, la vie en société, le travail, les questions existentielles etc. il transmettait notre philosophie de la vie, notre sagesse ancestrale.

La musique : au-delà de sa fonction distractive, elle incite à l’intégrité, l’honnêteté. Les chants exaltent les hauts faits, les actes de bravoure. Dépeint les personnalités comme des modèles dans la société. Elle fait rêver et remplit de nobles ambitions les cœurs des jeunes, tout en prodiguant de bons conseils.

Il y a aussi les danses, les n’talé ou devinette, le poé ou poésie, les masques, ils sont notre héritage culturel à mettre à profit dans l’édification du nouveau Mali. Les griots, les koroduga ou les bouffons, les personnes âgées, sont des ressources inépuisables pour harmoniser et pacifier notre société.

Ces ressources culturelles sont efficaces car ils rassemblent le peuple au-delà des différences ethniques, religieuses etc. La culture et l’art ne connaissent pas de frontières, ils sont l’expression de l’unité dans la diversité.

La culture touche à l’imago, au subconscient, au cœur, pour réveiller la volonté d’agir. Elles poussent les gens à donner le meilleur d’eux-mêmes avec enthousiasme. L’art et la culture parlent aux plus jeunes comme aux personnes âgées. Elles touchent aux hommes instruits qu’aux non instruits.

L’union de la culture et de la technologie permet de conserver et de perpétuer ce qu’il y a d’instructif et de précieux dans notre culture. Elle permet aux jeunes de connaitre leurs histoires et d’assimiler les valeurs ancestrales qui font le Malien : intégrité, travail, honnêteté.

Nous devons trouver l’astuce pour conjuguer Internet avec notre culture pour éduquer, conscientiser la population, pour créer le Mali dont nous rêvons. Vivement des médias à la fois éducatifs et culturels pour un nouveau Mali.


Chez moi on ne lit pas

Nous avons besoin de lecture pour décadenasser les esprits, pour déchainer l’intelligence collective et mobiliser les forces actives du peuple.

Chez moi on ne lisait pas. Nous sommes le peuple de l’oralité. La parole est le savoir, les vieillards, les griots en sont les dépositaires. De bouche à oreille, on véhiculait les connaissances.

Chez moi on n’a pas écrit. À la mort de chaque vieillard, c’est une bibliothèque qui se carbonisait. Nous avons perdu nos savoirs, car nous n’avons pas confié leur pérennité à la mémoire des livres.

Chez moi on ne lit pas. Quoique tous les savoirs de l’humanité soient consignés dans les livres. Chez nous, les livres sont aussi éludés que nos totems. Comme si feuilleter un bouquin apportait une malédiction. Nous sommes dans l’inconscience des mirobolantes richesses enfouies dans les livres.

Livre
Livre Pixabay Image

Chez moi on ne lit pas, car on n’écrit toujours pas de livres. Écrire c’est prêcher dans le désert, parce que mes frères et sœurs abhorrent les plaisirs livresques. On n’écrit pas car les livres ne sont pas rentables. Aussi, parce que l’anonymat et le piratage ont assassiné nos auteurs.

Chez moi on ne lit pas parce qu’on ne rêve plus. La précarité et les dogmes ont écourté notre vision de la vie. Un petit boulot, un mariage, une maison et une voiture sont la finalité de notre existence. Lire nous semble superflu.

Chez moi on ne lit parce que nous ne voyons personne le faire. Nos bibliothèques ont toujours été désertiques. Nous sommes une génération de philistins, infectée par la bibliophobie, condamnée à être en marge de l’Histoire universelle.

Lecture
Lecture Pixabay Image

Chez moi on ne lit pas car nous sommes très pauvres. Mais ce n’est pas parce qu’on est pauvre que nous ne lisons pas, nous sommes pauvres parce qu’on ne lit pas.

Chez moi on ne lit pas, parce que nous sommes perdus. Telles des brebis égarées, nous ne savons plus où aller. Nous souffrons de l’ignorance, la mère de tous les maux. Et notre salut se trouve entre les lignes.

Chez moi, nous sommes riches de nos ressources naturelles mais nos populations sont dans l’indigence. Parce que les vraies richesses sont les cerveaux qui transforment nos ressources matérielles pour le bien général.

Chez moi, nous sommes dépendants des oboles de l’aide étrangère. Nous sommes condamnés à être remorqués et spoliés par les autres, car ils lisent plus que nous.

Aucun pays ne s’élève sans les livres. Individuellement comme collectivement, on ne grandit vraiment que par le nombre de livres que nous lisons.

Lecture
Lecture Pixabay Image

Chez moi nous sommes pauvres car les riches ont des bibliothèques que nous ne fréquentons pas. Parce que le pouvoir est le savoir, et les savoirs sont dans des livres.

Chez moi c’est la nuit de l’ignorance, où souffle les vents de la précarité. Le cerveau atrophié par la paresse intellectuelle. Le ventre ballonné par la sous-culture, à force de s’ingurgiter les couleuvres qui passent sur les écrans.

Chez moi on a besoin de livre parce que nous ne souffrons ni de la corruption, ni de la guerre, ni de la mauvaise gouvernance, ni de la famine, mais de la précarité intellectuelle et de l’acculturation.

Nous avons besoin de lecture pour décadenasser les esprits, pour déchaîner l’intelligence collective et mobiliser les forces actives du peuple.