Makaveli

La vie ici a le goût de chloroquine

Comme si ce n’était pas suffisant, il a fallu qu’un virus étranger et étrange vienne envenimer une conjecture déjà complexe et difficile. Entaillés par une crise multiforme économique, scolaire et sécuritaire, nous devons maintenant faire face à une crise sanitaire.

Nous voilà ainsi, vulnérables et exposés, face à ce virus qui déstructure l’ordre du monde. Si les grandes puissances avec tous les moyens médicaux dont ils disposent sont à genoux et confinés, notre pauvre Mali saura-t-il faire front face à cette pandémie planétaire ?

L’État, avec ses mesures mollassonnes, n’a pu nous prémunir de ce malheur. L’ardeur du soleil n’a pas été un bouclier efficace. Les décoctions à base de neem, citron et gingembre ne sont d’aucune utilité pour soulager contre ce mal. Les prières des leaders religieux sont restées sans réponse. Piégés par cette maladie qui présage aussi une crise économique, la vie ici a déjà le goût de la quinine.

Nous n’avons que quelques respirateurs et un nombre insuffisant de tests. Le Ministre de la santé lui-même, nous a assuré de la vétusté de notre plateau médical et de l’incapacité à assurer la prise en charge efficace des personnes infectées si leur nombre venait à s’élever. D’ailleurs les mesures prises par le gouvernement pour juguler le virus peinent à faire effet et ressemblent à des actions désespérées d’un Etat qui ne sait plus quoi faire. Le couvre-feu et la distance sociale ne sont pas des réponses adaptées à notre contexte.

Prions que l’on trouve un vaccin, sinon, impossible de contrer le virus avec les mesures barrières au Mali.

Ici tout se fait en groupe. Ensemble nous partageons nos malheurs comme nos bonheurs. Il est quasiment impossible de maintenir la distance sociale. Il y aura toujours une occasion où nous nous trouverons en groupe, ne serait-ce que pour manger. Il faut toujours rendre visite à un malade, se regrouper pour faire un grin, aller visiter un ami, participer à un mariage, faire acte présente à un baptême. Les transports en commun et les marchés ne font pas exception à la règle.

Scène de la vie quotidienne – Crédit : Iwaria, Antoine Plüss

Je me suis entretenu avec mon tonton. Je lui expliquais les gestes barrière et l’importance de l’auto confinement.

D’un ton sarcastique, il m’a répondu que le confinement est un luxe que seuls les riches peuvent s’offrir. Oui la santé coûte chère et les pauvres, qui vivent au jour le jour, ne peuvent pas arrêter leurs activités. Des milliers de Maliens, des petits commerçants, travaillent au jour le jour pour assurer leurs victuailles.

La vendeuse de froufrou, aujourd’hui comme demain, vaquera à ses occupations, car elle sait que si elle s’arrête elle ne pourra plus se nourrir, en tout cas pas sur des semaines. Les vendeurs du grand marché, le conducteur de sotrama et nos tontons aux villages dans la même situation pensent à leur pain quotidien. Ils sont déjà infectés par le paludisme, la précarité et surtout le manque de confiance en l’Etat et ses hôpitaux.

Les maliens semblent être plus préoccupés par le pain quotidien que le covid-19. Un ami m’a dit que la pauvreté et le paludisme font plus de morts que le coronavirus.  Le monde est cristallisé par la peur de la maladie mais la situation économique déjà dégradée ne fera que s’envenimer avec l’arrêt des activités au niveau mondial.

Les activités économiques vont ralentir donc il y aura une baisse des revenus mais les prix connaîtront une augmentation car les productions auront baissé. Alors comment les Maliens feront face à toutes leurs dépenses ?  Si les activités stagnent ils feront comment pour payer les factures d’eau et d’électricité ?  Et si on tarde à trouver un vaccin au coronavirus, que se passera-t-il ? Aurons-nous suffisamment de réserve alimentaire au niveau national pour prévoir une probable pénurie alimentaire ?

Tant de questions et d’inquiétudes que le covid-19 soulève… En attendant le réveil de l’Etat malien, on vit ici apeurés avec le goût de la chloroquine à la bouche.


4 bonnes raisons de rester chez soi, si vous êtes au Mali

À ce jour le Mali comptabilise zéro cas d’infection au coronavirus, mais mieux vaut prévenir que guérir. Alors voici quatre bonnes raisons pour vous de respecter les mesures barrières.

De la détection de la maladie

Le plus difficile dans le traitement d’une maladie est l’établissement d’un bon diagnostic. Avec l’état critique de nos hôpitaux et centres de santé, il y a de fortes chances que nos toubibs n’arrivent même pas à déceler si vous êtes positifs ou pas au coronavirus. Il se peut que des cas existent au Mali et que nous ne le sachions pas.

De la contagion et de la propagation

D’abord sachez qu’un malien malade ne va pas toujours à l’hôpital, sauf en cas de grave complication. La plupart d’entre nous ici pratique l’automédication avec des médicaments traditionnels, et se fie aux conseils des charlatans. De nombreux corona-sceptiques ne croient pas au coronavirus ou plutôt le voient comme un complot de l’Occident. Bref, il y a des milliers de personnes qui respecteront pas les consignes de sécurité.

Leur ignorance ou négligence est un terrain propice à la propagation rapide du virus. Ils pourront potentiellement vous contaminer. Faites attention à vous. Certains sous-estiment la dangerosité de la maladie, pensent qu’on peut le soigner avec de l’ail ou le citron ou même un bain de soleil. Ce sont des suicidaires éloignez vous d’eux, restez chez-vous.

De la prise en charge médicale

Soyons honnêtes : le Mali ne peut pas convenablement assurer la prise en charge médicale d’un grand nombre de personnes infectées. Nous n’avons ni les compétences ni les matériaux médicaux. Regardez le nombre de morts dans les pays développés malgré le dispositif médical. Maintenant, imaginez le nombre de décès possible dans un pays avec une couverture sanitaire déchirée.

Du laxisme dans les mesures prises par l’État

Vous savez, nous avons un État qui courbe l’échine devant les leaders, pardon, dealers religieux. Les regroupements pour les prières collectives ne sont pas interdits, les élections ne sont pas annulées. À noter tout de même que le Mali vient de fermer ses frontières avec les pays où il y a des cas avérés de contamination.

Alors il ne tient plus qu’à vous de sauver des vies, la vôtre et celle des autres. En ces temps troubles, il n’y a que votre sens élevé de civisme et du patriotisme qui peut se dresser comme un rempart contre le coronavirus au Mali. Renseignez-vous sur les consignes de prévention et respectez-les.


La réalité virtuelle, une opportunité à saisir

A l’heure où j’écris ces quelques lignes, les enfants de tous maliens aux revenus modestes ne partent plus à l’école, pour cause la grève des enseignants. Il y a de fortes probabilités qu’il ait coupure d’électricité avant que je ne finisse la rédaction de ce billet. Mais malgré tout, je parlerai de numérique, de réalité virtuelle au Mali. Une telle entreprise peut sembler être anachronique, voir prématurée avec tous les défis qui ralentissent l’essor des technologies au Mali, mais je suis convaincu que la réalité virtuelle a sa place notre réalité.

L’avantage avec la réalité virtuelle c’est l’infinité des possibilités, l’opportunité de pouvoir l’utiliser dans n’importe quel domaine. A nous de nous approprier pour relever nos défis de développement.

La première expérience avec un casque de réalité virtuelle c’était pour faire l’expérience d’un voyage dans l’espace. Une expérience extraordinaire qui bluffe nos sens, nous transporte dans un monde extraordinaire aux possibilités infinies. Ça m’a ouvert les yeux sur notre réalité, la réalité malienne avec tout ce qu’elle a comme défis et d’opportunités. Je pense que nous pouvons utiliser la réalité virtuelle pour valoriser nos ressources culturelles, historiques, je n’ai aucun doute qu’avec un casque VR nous pouvons revamper notre système éducatif, et même moderniser la médecine.

Quand je faisais le secondaire, il y avait un cours sur le microscope, nous l’avons étudié en théorie sans jamais avoir la chance de voir en vrai ce qu’un microscope. Beaucoup de nos écoles n’ont ni bibliothèque ni laboratoire. Avec la réalité virtuelle, nous pouvons facilement concevoir des laboratoires virtuels, reproduire virtuellement des outils, des expériences scientifiques afin que chaque élève puisse parfaire sa formation.

Avec la réalité virtuelle nous pouvons rendre possible la visite de nos sites touristiques du Mali à travers un casque VR. Nous pouvons écrire ou réécrire notre histoire et nos traditions à travers des jeux, des films pour que vive à jamais notre riche histoire collective. Pour que nos savoirs qui n’existent que dans les mémoires de quelques-uns et qui encore se transmettent par le verbe puissent exister dans le monde de la virtualité à jamais.  

Et pour améliorer la sécurité, la réalité virtuelle peut servir dans l’entraînement de nos forces armées, pour les rendre plus performants, pour qu’ils se familiarisent avec les zones inaccessibles par exemple.

Les domaines du tourisme, du commerce, de l’éducation ou de la santé peuvent être améliorés par les technologies pour peu que nous voulons le changement.

L’Afrique consomme les technologies mais en produit que très peu, alors la réalité virtuelle est l’occasion pour nous de produire nos propres applications, jeux, nos propres contenus pour valoriser nos pays.

J’ose espérer que dans les années à venir nos élèves et étudiants et cela partout dans le pays, pourront faire des expériences dans des laboratoires virtuels, qu’ils pourront apprendre, partager et interagir avec des outils pour construire, se construire avec les outils éducatifs qu’offre la réalité virtuelle.

 Notre grandeur vient de notre capacité à façonner, à construire selon nos besoins notre réalité pour le bien de nous tous.


Avec ou sans la chance, aller au bout de ses rêves

Avant le soleil, je me suis réveillé débonnaire pour écrire ces lignes revigorantes. Un acte culotté et totalement téméraire, aussi moqueur que de parler de meilleurs lendemains dans un pays où on cherche le pain du jour. Un pays où les urgences de l’heure, brouillent les perspectives d’avenir. Où le rêve est un luxe, ou l’espoir relève du chimérique.

Mon combat de tous les jours : vivre rêveur et optimiste, m’a dit un ami. J’ai écrit cette phrase à l’encre indélébile de ma foi dans mon cœur. Car je sais du fond de mon cœur que, qui que nous soyons, où que nous soyons, au fil temps, le destin nous accorde une danse.

Là je parlerai de chance sans vraiment savoir ce que c’est. Mais comme tout homme, j’aspire à avoir plus, à être plus. Peut-être que la chance c’est d’être en vie et de pouvoir se battre pour rendre notre existence mémorable ou exemplaire. Je n’en sais rien. A chacun sa chance, à chacun sa définition de la chance.

 Je sais au fond de moi qu’un jour je rencontrerai la chance. Et en attendant, je me prépare, car ça ne sert à rien d’être chanceux, d’avoir des opportunités, sans avoir les compétences pour les exploiter. Être chanceux c’est de ne rien attendre de la vie, c’est de provoquer tout ce qu’on désir. Attendre ce n’est pas être léthargique mais faire montre de patience et de constance dans l’effort.  J’ai la foi, mais je sais que seul le travail fait des miracles.

Abondance ou infinité des opportunités

Oui, c’est possible pour tout le monde. Oui il y a de la place pour tout le monde au soleil. La nature est généreuse pour répondre à toutes nos aspirations. Chaque jour est une chance. Chaque jour apporte de nouvelles opportunités. Souvent la vie nous terrasse, nous piétine par des épreuves mais aucune nuit ne dure éternellement. Le soleil finit toujours par nous éclairer le chemin du bonheur.

La chance aime l’effort

Quelqu’un m’a dit : « si tu n’es pas chanceux, c’est que tu ne travailles pas assez. » Tout le monde est condamné à réussir, mais peu y parviennent. Parce que pour réussir il ne faut pas attendre sa chance. Il faut la provoquer. La chance aime le goût de la sueur, elle est amoureuse de ceux qui font toujours plus que les autres. Ceux qui se surpassent et repoussent les limites. Ceux qui sont assez téméraires pour bousculer les traditions. Ceux qui sont assez fous pour tenter l’impensable.

La chance est une bénédiction

Beaucoup de personnes sont chanceuses mais ne le savent pas. A force d’être porté sur ce qu’on espère, on oublie et néglige ce que nous possédons et cela finit par nous rendre malheureux. La chance n’est pas dans la possession mais aussi dans l’être. C’est une manière d’être et de voir la vie. C’est la grâce qui nous pousse à chérir ce que nous avons. A nous battre avec abnégation et éthique pour ce que nous désirons. La chance n’est pas ce dont nous avons besoin pour réaliser nos rêves, mais notre capacité à utiliser ce que nous avons pour atteindre nos buts.

La chance aime le partage

J’ai aussi appris que la seule manière de garder longuement sa chance et même de la multiplier, c’est de donner à d’autres personnes leur chance. La peur nous pousse à nous agripper égoïstement à ce que nous possédons. On oublie très souvent que le partage fructifie. Que la générosité apporte l’abondance.

 La chance n’est pas la réussite

La chance n’est qu’une opportunité, la saisir ou pas dépend de nous, pour en faire une réalité. La chance, c’est d’abord jouer toutes les cartes qui sont dans notre main. Il ne sert à rien d’avoir la chance si on ne sait quoi en faire. Parce que pour vouloir la chance il faut se fixer des objectifs. Nos objectifs et nos buts sont ce qui font de nous qui nous sommes. La chance n’est qu’un outil pour nous réaliser.

Avoir la chance n’est pas réussir si on ne parvient pas à transformer cette chance en quelque chose de grand et d’utile à plus d’un. La chance n’est pas la réussite car la réussite est un bonheur. La chance n’est pas la réussite car la réussite est le partage.

Avec ou sans la chance

Un jour je rencontrerai la chance ou peut-être pas. Mais au fond, je n’ai pas à l’attendre pour commencer mon chemin. Avec ou sans elle, je peux arriver où je veux aller, être qui je veux. Je sais que ça demande plus d’efforts, beaucoup de courage et une surdose de pugnacité pour réaliser des rêves. Mais dès qu’on accepte de fournir des efforts, elle nous trouve. Car ceux qui travaillent, qui espèrent n’ont pas à chercher la chance, elle les trouve.


Une année dans l’écosystème entrepreneurial malien

Pendant 12 mois, j’ai eu l’immense opportunité de travailler comme responsable de la communication de l’un des plus grands incubateurs du Mali. Cela m’a permis d’être au cœur de l’évolution de l’entrepreneuriat dans ce pays qui saigne par l’insécurité et la précarité, où la majorité de la population est jeune et sans emploi. Un monde à la fois fascinant et troublant, où les échecs sont plus nombreux que les réussites. Un monde qui balbutie, peine à trouver son chemin mais a de beaux jours devant lui.

Entre rêve et désespoir, mythe ou réalité voici mes impressions sur l’écosystème entrepreneurial du Mali.

Etre déjà entrepreneur au Mali est un terme qui fait référence à des jeunes qui ont des idées d’entreprises mais avec un caractère fort innovant surtout dans le domaine des technologies. Quand on parle entrepreneuriat, au Mali on fait fi de toutes les braves vendeuses au grand marché, des boutiquiers dans les quartiers, des maraîchers dans l’ACI 2000, bref de tous ceux qui dans l’économie informelle n’ont pas attendu la surmédiatisation de entrepreneuriat comme panacée au manque d’emploi des jeunes pour faire quelque chose, qui n’ont pas lu Jack pour entreprendre, ni écouté Marc Zuckerberg.

L’espoir est permis

On ne peut que croire et garder espoir en de meilleurs lendemains quand chaque jour tu rencontres un jeune qui nonobstant la crise sécuritaire, la pauvreté, l’absence de business angels, tente de créer de la richesse et de l’emploi. Et très souvent, avec la foi en leurs idées comme fond de départ.                  Beaucoup n’ont même pas assez de fond pour se permettre une incubation afin d’avoir des connaissances basiques pour entreprendre. Mais malgré tout, ils essayent, ils se battent. Comme tout effort mérite récompense, certains arrivent à décoller et beaucoup périssent. Ceux qui réussissent à démarrer après quelques mois ferment boutique, car vont manquer de fonds pour s’étendre, de compétences et d’outils pour croître et prospérer.

Il faut au préalable un environnement propice, protecteur et incitatif pour soutenir la réussite de entrepreneuriat. Il faut des structures d’accompagnement avec des ressources adaptées et disponibles pour accompagner les entrepreneurs. Il faut un écosystème solidaire et généreux pour fédérer les énergies et construire le futur et résoudre les défis de l’heure. C’est ainsi que nous pouvons promouvoir entrepreneuriat par ricochet pour permettre aux jeunes de résoudre les défis du pays et créer de la richesse.

Un écosystème solidaire et tourné vers demain

Au Mali, le grand problème de l’écosystème entrepreneurial, réside dans l’absence d’écosystème. Les efforts sont lézardés, les initiatives polarisées. D’un côté, les incubateurs et de l’autre, les entrepreneurs. Les partenaires par ci et les financiers par là. Il n’y a pas une vraie passerelle de communication entre toutes ces composantes pour coécrire le destin de l’entreprenariat. 

Un écosystème doit au moins permettre de regrouper certaines compétences, faciliter la collaboration avec qui le veut. Il doit permettre aux uns et autres d’avoir accès à des ressources, de bénéficier du soutien et de la lumière d’autres personnes, de partenariat avec d’autres structures. Mais cela n’est possible que quand on instaure la communication. Et même la communication ne suffit pas, il faut aussi une vision ambitieuse et un leadership éclairé pour rassembler et enclencher la marche vers l’émergence. Et ce n’est qu’en se rassemblant qu’on peut influer sur les politiques, attirer les investisseurs. C’est en partageant qu’on peut grandir et apprendre les uns des autres et permettre à chacun d’évoluer rapidement.

La formation des formateurs sur entrepreneuriat

Il y a surabondance de formateurs sur l’entreprenariat au Mali, et les formations vont bon train. Malgré tout, les entreprises ne décollent pas, les entrepreneurs tardent à faire du profit.  Cela m’amène à douter de la légitimité de certains formateurs qui n’ont aucune expérience avérée dans l’entreprenariat, et n’en savent pas plus que ce que disent les tutoriels sur YouTube.                                                                                 Les modules de formation et même dans les incubateurs ne sont pas forcément adaptés aux réalités et à la complexité du Mali.

Cela explique l’échec de plusieurs entreprises car n’ayant pas les outils adaptés aux réalités du pays. Les compétences pour faire face au marché. A un niveau collectif, l’incidence se fait ressentir aussi : on n’arrive pas à concurrencer les produits étrangers, séduire nos consommateurs, occuper le marché.

Des concours et de conférences encore et encore

C’est paradoxal mais au Mali les entreprises qui gagnent les concours sont celles qui marchent le moins. Pourtant c’est l’un des moyens ou le seul pour avoir un fond d’amorçage. Les concours sont aussi ce qui amenuise l’ardeur des jeunes entrepreneurs et les font croire que réussir un concours c’est avoir un business rentable. On tarde à voir l’utilité des concours sur les entreprises car pour la plupart, les fonds gagnés sont utilisés à des fins personnelles et non pas aux besoins de l’entreprise. Il serait bien de conditionner les financements ou de mettre en place des programmes de formation et de suivi des bénéficiaires. Aussi gagner un concours ne suffit pas, il faut travailler pour gagner et fidéliser les clients.

Durant toute l’année le nombre de conférences, de rencontres et ateliers sont incalculables. Même s’ils permettent de faire de rencontres utiles, d’apprendre des autres et d’être au fait de l’actualité, aucun entrepreneur sérieux n’a le temps de participer à toutes ces rencontres. Alors que les jeunes sont dans les conférences, d’autres entreprises étrangères sont sur le terrain et font de l’argent. Ça peut être cool de poster des selfies lors des conférences mais ça n’aide en rien le développement de son entreprise.

L’hypermédiatisation précoce

Beaucoup de jeunes entrepreneurs souffrent des médias. A peine ayant démarré qu’ils font la une de tous les médias. Alors qu’ils n’ont pas encore la maturité pour gérer la célébrité et la vie d’entrepreneurs. Ils enchaînent voyages et conférences et au final avec des entreprises mort-nées On n’entreprend pas pour être célèbre mais faire du profit. Participer à des évènements et partager sur les réseaux sociaux ne fait pas de nous un entrepreneur.

Une entreprise qui ne communique pas est une entreprise en agonie.

Il faut savoir travailler et communiquer efficacement pour développer sa boite. Si beaucoup d’entrepreneurs savent se mettre en avant sur les réseaux sociaux, il en est autrement pour leurs produits et services.  Ils ne font jamais appel aux experts en communication pour élaborer un plan de communication. Mais plutôt à n’importe quelle personne qui est capable de faire une publication sur Facebook. Aujourd’hui, il faut travailler sur son image, investir dans la communication pour élaborer et vendre ses produits ou services et assurer une présence sur internet. Sans une bonne communication toute entreprise est vouée à l’échec. L’absence de communication est aussi nuisible que peut être mortelle la mauvaise communication.

Entrepreneur, être ou ne pas être

Quand on est entrepreneur, on l’est à plein temps.  On ne peut pas être entrepreneur et salarié ou entrepreneur selon les occasions et les opportunités. C’est tout un mode de vie et c’est synonyme de sacrifice, de transpiration, d’apprentissage etc. On ne peut pas être entrepreneur sans se connaitre, sans investir dans sa propre formation car cela exige des compétences et du savoir-vivre. Il faut épurer le concept d’entreprenariat et montrer que c’est le travail, le sacrifice. Tant que nous serons focalisés sur les concours et les conférences, d’autres personnes viendront travailler et profiter des richesses de nos pays.

Je pense que entrepreneuriat a de beaux jours devant lui. Les opportunités au Mali sont immenses et inexploitées. Nous avons la possibilité de créer des solutions à nos propres défis. La possibilité de créer la richesse pour tous.

Je ne suis pas entrepreneur, ça peut sembler déplacé d’écrire et de partager ces lignes mais si je ne le fais, ça serait égoïste. C’est ma lecture de entrepreneuriat et j’espère que ça sera utile a tout l’écosystème entrepreneurial.